Je ne sais pas quoi penser du rôle de Scott, qui agit comme figure lointaine à laquelle nous, public, ne semblons plus avoir accès depuis l'épisode 3.
Pour avoir fini le livre Game Changer tout récemment la série ne peut pas faire honneur au personnage en seulement 1 épisode + quelques scènes, son conflit interne est forcément bien mieux détaillé dans le roman ! Son speech présent dans ce final est cela dit très fidèle, Scott ayant été vraiment le déclencheur du changement pour Ilya. Dans le livre avant de come out, il évoque d'ailleurs avec son coach que le risque vaut le coup si ça permet juste à "une personne" d'oser vivre sa vie différemment.
Mais je reste un peu sur ma faim aussi et je suis assez curieux de voir s'ils vont ramener le personnage par la suite, j'imagine que non et c'est un peu triste car je suis d'accord, comme tu le dis ce n'est plus un vrai POV dont on est proche. Le livre 1 n'est étrangement pas très populaire parmi la fanbase et les parties prenantes du show ont été relativement surpris de voir autant d'engouement pour Kip et Scott, donc qui sait...

1.06 -
Le chalet
Voilà, clap de fin de ce chapitre, et des semaines après l’avoir découvert, je me sens encore dans ce cottage avec eux. En fait en six épisodes, Heated Rivalry m’a intrigué, accroché, ému, puis brisé, et finalement réparé. Cet épisode est la réparation tant méritée.
C’est un final fantastique qui choisit le contre-pied total de tout ce qui a été fait avant en termes de forme : enfin, une vraie escapade calme, douce, sans ellipse, sans enjeux apparents, et pourtant c’est là que leur vie change à tout jamais. Shane qui, depuis le début, sait très bien ce qu’il fait et planifie absolument tout, invite Ilya avec un plan en tête. Et Ilya qui depuis le début, ressent bien plus que ce qu’il ne laisse paraître, se lâche enfin. Le contraste dans la réal entre la chaleur de toutes les scènes, le feu de camp, l’humour très humain et très gamin : tout respire enfin l’amour, le vrai, sans contrepartie, dans un environnement sain. Et pourtant le niveau de discussion parfois très sommaire rappelle avec amertume qu’en 9 ans de relations avec la personne dont ils sont chacun la plus proche au monde, ils sont encore incertains. Tout change en quinze jours.
Le cottage complètement vitré et ouvert perdu au milieu de la nature participe aussi à créer toute cette imagerie qui tranche avec les défilés d’hôtels du reste de la série : exit les bruits et les distractions, le décor force déjà les personnages à être transparents — mais “force” n’est pas le bon mot, plutôt il les accompagne, car ce sont eux qui font ce choix enfin de s’autoriser un moment ensemble “à découvert”. D’ailleurs ils n’utilisent pas les stores, et Shane fait promettre à Ilya de se dire les choses sincèrement en ayant compris qu’ils sont en fait déjà exclusifs. Le fait que le feu de camp soit aussi le symbole choisi pour le début de leur connexion sentimentale, alors que depuis le début ces deux joueurs de hockey se livrent surtout à une relation charnelle sur la glace, c’est aussi un contraste apaisant très bien vu, et toute la colorimétrie est très bien choisie, à la fois chaleureuse et posiive, mais également mélancolique, pour les raisons que j’ai citées et qui sont soulignées par les parents à la fin — “9 ans” ! Le temps qu’il aura fallu pour en arriver là ! Encore une fois, c’est absolument dingue de se dire que l’ensemble de la série a été tourné en 37 jours et monté en un temps record pour permettre une diffusion plus tôt que prévu, vu le soin, la beauté et la finesse de l’ensemble.
Les scènes s’enchaînent vite, franchement presque trop vite, ça doit être l’unique défaut de l’épisode et ça doit être typiquement la partie qui doit être encore plus frappante dans le livre. Car après tout ce qu’ont subi les personnages, j’aurais été prêt à avoir 3 épisodes d’affilé comme ça où il ne se passe “”””rien””””, où le rythme est enfin naturel. Je voulais les voir heureux 100 heures en fait ! Mais déjà en une petite heure, il s’en passe tellement de choses. C’est un épisode où les protagonistes n’ont plus de filtre, vivent enfin leur réalité et montrent qui ils sont. C’est donc l’étape ultime de descente dans l’essence de leur relation, dans le “voyeurisme” de l’audience aussi, puisqu’ils sont vraiment mis à nus dans leurs sentiments qu’ils refoulaient. Pour une série qui démarrait de façon aussi “aguicheuse” (même si le potentiel de complexité a toujours été là dès le début et que c’était leur forme de communication et donc de caractérisation), c’est très ingénieux de conclure ainsi, là où l’intime est un vrai refuge et un marqueur de changement et de perspective.
En deux semaines, tout est mis à plat et déroulé, du fait qu’ils assument enfin leurs sentiments l’un envers l’autre (ce qui n’avait toujours pas été pleinement fait malgré les discussions sincères de l’épisode précédent). On semble en fait avoir un aperçu de leur couple tel qu’il sera toute leur vie. Ils parlent enfin réellement de leurs familles et c’est hyper touchant, notamment le passage avec la mère d’Ilya qui, on l’apprend, s’est suicidée, ce qui donne encore une clé de lecture à ce personnage. Ilya arrive dans l’épisode dubitatif, n’osait pas venir au châlet de base, a peur du moindre bruit de canard canadien, ne comprend pas l’intérêt de rester assis à regarder un feu… quelques instants partagés plus tard avec le futur homme de sa vie et il ne veut plus quitter le feu.
Le châlet se veut être un cadre totalement apaisant suspendu dans le temps ce qui permet aux personnages de respirer enfin, accompagnés par la réalisation qui les réunit dans absolument tous les plans. Le seul moment de champ/contre-champ qui ajoute subitement de la distance entre eux, c’est lorsqu’Ilya propose le plan de marier Svetlana, de part et d’autres du canapé. Ce que Shane vit très mal. A la fin de cette super séquence (avec une autre masterclass de Hudson Williams évidemment) où Shane ose enfin imposer à Ilya une demande d’engagement, ils semblent d’accord pour trouver un plan qui ne compromet pas leur relation. Seulement là, la réalisation les réunit-elle alors de nouveau dans un même plan. Dès lors, Shane met en place leur futur plan de vie — un mensonge pour couvrir un autre mensonge, où il conviendra de progressivement laisser tomber la rivalité et prétexter apprendre à se connaître en public, jusqu’à ce qu’un jour “à la retraite, peut-être”, ils puissent enfin vivre ensemble. C’est une perspective en réalité bien morose, clairement ce que Scott Hunter a su surpasser par amour pour Kip, mais c’est tout ce qu’il faut à Shane et Ilya pour l’instant pour vivre. Il faut voir l’impact profond que cette suggestion (qui sous-entend au passage une envie de vivre ensemble pour toujours) a sur Ilya, superbement interprété par Connor Storrie dans cette scène, qui ne peut s’empêcher de fondre et de lâcher un “I love you”.
Ce final coche en effet toutes les cases qui composent le cliché de certaines “étapes” dans une idyle de fiction, comme le “I love you”, le fait de s’appeler “boyfriend”, l’acceptation par les parents de la relation… mais tout est fait d’un coup, en bout de parcours là où c’est le plus cohérent pour les personnages, après des épisodes passés à montrer des années de construction de relation. Cela apparaît donc complètement mérité, comme si enfin, par l’utilisation de ces jalons symboliques dans une romance, leur amour était enfin assumé et légitimé. Typiquement pour Ilya qui voit enfin une promesse de refuge et d’acceptation aux côtés de celui — il ose enfin lui avouer — qu’il aime.
Cela reste une histoire qui est entièrement définie par le contraste entre ses deux amants et ça ne brille jamais aussi bien qu’ici, où Ilya continue notamment dans un premier temps son rôle d’amuseur, mais avec Shane qui exige du premier degré, de l’honnêteté, force les silences et les réactions, ce que la réalisation et le montage ne manquent pas de souligner avec une maîtrise parfaite encore une fois. Inutile de voir en quoi les deux stars et leur alchimie étaient absolument centrales dans le succès de faire prendre vie à cette histoire.
Et comme toujours, en termes de direction d’acteurs c’est absolument parfait, autant dans les prestations brutes que dans les détails, avec comme d’hab Hudson Williams qui est à mon sens magistral dans son regard. Les larmes retenues quand il accueille Ilya ou quand ce dernier évoque l’idée de faire un mariage blanc avec Svetlana, gonflant ses yeux et retenant ses pleurs comme il sait si bien le faire, avant de finir par lâcher — enfin ! — sa première larme de la série… et c’est une larme de joie ! Qui fait suite à ce fameux “I love you” d’Ilya, validant leur vie à deux. Impossible de rester de marbre.
En fait, il y a un effet vraiment cathartique dans ce cocktail d’émotions de bout de parcours, car ce n’est pas que du jeu : cette nostalgie prématurée a été aussi ressenti par les acteurs. Ces anonymes qui galéraient à décrocher des rôles ont vécu leur dernier jour de tournage dans le salon du châlet, et une vidéo des coulisses a circulé où on voit le dernier clap du réalisateur. A ce moment, Storrie et Williams pensaient sincèrement qu’ils ont eu de la chance pour 37 jours de tournage, d’incarner des personnages queer intéressants un show un peu plus ambitieux que leurs petits boulots, mais qui resterait de niche. Donc, que leurs vies de galère allaient bientôt reprendre, et qu’ils ne se verraient plus autant, bref, que c’était une belle parenthèse mais rien de plus. Leur relation derrière les coulisses est presque aussi émouvante que ce que vivent leurs personnages.
La péripétie la plus clichée reste l’inévitable scène où un proche finit enfin par surprendre le couple dans l’acte pour forcer des confessions finales : le père de Shane ici, qui détale sans dire un mot. Shane vit alors une sorte de crise de panique très particulière, à plusieurs reprises — une improvisation de l’acteur que le réalisateur avait mis en doute, mais a choisi de garder sur le conseil de sa monteuse, une preuve qu’il a vraiment habité le personnage jusqu’au bout. C’est le bon choix car c’est un crève-coeur de le voir en crise, semblant aussi brisé que son plan millimétré afin de réussir à vivre avec Ilya en amenant leur relation petit à petit au grand jour. C’est plus que jamais sans équivoque après cet épisode : Shane est écrit et interprété de sorte à évoquer une forme du spectre de l’autisme, autant dans les détails (son premier degré sur des instructions, que ça soit un sms de son copain ou une recette de burgers à suivre à la lettre) que dans le fond de ses réactions.
Mais heureusement, l’histoire désamorce vite cette ficelle “un proche les surprend”, habituellement synonyme de punition finale pour les relations secrètes. Ce procédé ne devient à la place qu’un accélérateur amorçant l’acte final du show : le coming-out aux parents. C’est peut-être la meilleure partie de l’épisode, qui est maîtrisée de bout en bout. Premièrement, elle montre l’évolution ahurissante d’Ilya, qui agit comme soutien le plus total de celui qu’il appelle désormais son copain et semble s’intégrer dans la famille en deux-deux… C’est en fait très cohérent pour une raison triste comprise vraiment dans cet épisode : il n’a jamais connu un tel environnement. Le contraste entre le flambeur tête-à-claques qui maintenait une carrure de glace impassible même en privé avec Shane, qui devient littéralement le gendre doux totalement pendu aux lèvres et pillier inconditionnel de son copain, c’est juste trop fort. Ilya est tellement différent qu’il agit même parfois comme comic-relief hilarant pour l’audience, sans que cela ne trahisse le personnage.
D’ailleurs, de nombreux passages comiques étonnants viennent casser aussi l’aspect tragique de cet acte final, et éviter ainsi l’aspect punitif ou fardeau du procédé. Par exemple quand Shane et sa mère évoquent leur indéfectible esprit de compétition qui prime sur leur couple, un super moment “telle mère tel fils” qui révèlent aussi beaucoup sur leur relation.
Toute l’écriture de cette fin est globalement parfaite, capitalisant sur toutes les thématiques créées et les intrigues développées depuis le début : Scott Hunter, Rose, la rivalité sur la glace, l’inflexiblité de Yuna, la durée de la relation Shane/Ilya et son évolution complexe où ils se déclarent à la fois ensemble depuis 10 ans tout en riant nerveusement à l’idée du terme “amoureux” depuis tout ce temps (mais à leur façon, n’était-ce pas bel et bien le cas ?). De nombreuses scènes et choix de composition de ce final font echo à plein d’autres de la série : les postures autour de la table, les gestes du pied, les regards, même les habits. Chaque micro-expression et choix de réaction est vraiment le résultat d’un travail de fou sur le matériel de base et élève la moindre scène et le moindre échange, je pense que c’est sans doute pour ça que la série a aussi bien résonné autant avec les fans de la première heure qu’avec ceux qui ne connaissaient rien à l’univers. La retranscription de toutes les nuances venant avec un roman transpire à chaque instant, grâce au cast, et à toutes les personnes derrière la production, de l’intimacy coordinator à l’équipe de montage.
Etonnamment, le focus émotionnel de la toute fin de l’épisode n’est pas sur Shane et Ilya… mais sur Shane et sa mère. C’est un choix magnifique inattendu mais pourtant logique vu qu’elle éclaire celui qui est essentiellement le narrateur de cette saison. Yuna Hollander passe de surprise et incompréhension, évoquant une potentielle forme de rejet (émotionnel seulement, heureusement), à une réconcilliation. Cette scène est peut-être la meilleure de la série sur ce couple, c’est un échange magnifique où c’est bien elle qui demande pardon à son fils pour ne pas avoir créé d’espace suffisamment safe pour qu’il lui en parle plus tôt. On évite ainsi l’écueil de la charge du coming-out, comme avec la scène avec Rose de l’épisode précédent, mais dans un contexte encore plus important (la famille), et c’est absolument fabuleux comme modèle. Inutile de dire que Hudson Williams, avec son regard fuyant et son body language, est parfait, mais Christina Chang est tout aussi convaincante et touchante en réponse.
Il faut savoir que cette scène est un rajout par rapport au livre et elle fait vraiment prendre tout son sens à l’ensemble, preuve de la parfaite compréhension du matériau d’origine de cette adaptation. C’est l’occasion de disséquer une dernière fois le personnage de Shane, qui prend ici du recul et avoue qu’il a vraiment “essayé” de ne pas être qui il est... Cette phrase est un vrai déchirement qui fait le pont entre sa personnalité, son secret, son trouble, sa carrière : Shane a toujours été le fils et le sportif parfait qui voulait imiter ses pairs mais luttait avec ce qu’il était au fond de lui, et c’est justement tout ce qui fait de Shane qui il est. Bref, c’est ni plus ni moins que la justification de la série et le bilan de celle-ci.
La scène suivante, l’avant-dernière de retour à table où les sentiments sont plus apaisés, voit Shane vivre un autre épisode en pensant à un avenir pourtant optimiste, et il est calmé par la présence de sa famille et de son “petit ami” qui se définit pour la première fois ainsi. La preuve définitive que même avec les obstacles qu’il leur reste à affronter, s’assumer dans un bon contexte assure que tout ira bien.
La romancière a déclaré avoir consulté la communauté gay avant de créer la fin de ses romans et le choix d’une happy-end (relative) n’est pas un hasard : il est bien sûr salvateur dans un monde où l’écrasante majorité des oeuvres queer finissent par punir les personnages pour leurs relations. La séquence finale de road-trip est à ce titre un des plans finaux les plus cathartiques ever et est juste parfaite. Remarquons que la composition du plan donne la forme subtile d’un coeur à l’éclairage avec leurs deux silhouettes, ce qui est très amusant. Le choix d’un générique superposé à une scène en live qui continue de montrer Shane et Ilya heureux, tactiles voire même (à la toute fin) fous de joie, laisse l’audience libre d’imaginer qu’enfin, ils pourront avoir la paix ensemble, et que même si la route est encore longue (clairement mis en scène dans ce plan), on n’a plus qu’à être sur la banquette arrière cette fois, à les regarder être heureux.
La série a le bon goût de s’arrêter sur cette image, tandis que le livre ajoute à cette fin un épilogue plus fourni qui met en oeuvre le plan caritatif de Shane pour amener petit à petit leur relation en public. Mais c’est un excellent choix que de conclure plutôt comme la saison le fait, sur une scène évoquant l’apaisement et le rêve, d’autant plus qu’il était impossible d’imaginer un tel succès pour la série garantissant une saison 2.
Pourtant, il convient de rappeler que ce n’est pas un vrai happy-end. D’ailleurs, l’acteur de Shane en a parlé et l’a bien compris. En 9 ans de relation, Shane et Ilya en sont enfin au stade où un couple non-soumis aux mêmes enjeux en serait à… quoi, six mois ? Si la fin est tant libératrice malgré la simplicité déconcertante des péripéties, c’est aussi parce qu’elle rappelle une réalité profondément triste : ce petit goût de bonheur et de paix au sein du couple intervient bien tard, et surtout, ils ont beau s’assumer enfin ensemble dans une sphère très restreinte… ils sont encore dans une bulle et loin d’une réalité violente à laquelle ils ne sont toujours pas prêts à être confrontés. Tout leur plan d’action méticuleux n’implique qu’une prolongation du secret pour encore un bon moment et un mensonge perpétué, juste assoupli et avec des confidents. Là encore, le “chemin” reste long. Le choix de musique très codé “end-of-summer-electro” est là encore parfait pour nous laisser sur une note positive mais qui, entre les lignes (dans les paroles) rappelle que le choix de vivre, bien qu’évident à ce stade, impliquera des mauvais moments à venir.
C’est donc nuancé et c’est sans doute pour cela que la fin nous hante encore... Mais, ça reste bien loin d’un drame punitif, et c’est donc totalement jouissif et inédit, à cette échelle de popularité surtout, de voir sous un angle aussi positif une relation non-assumée, sans en faire l’apologie, mais en insistant sur l’amour authentique qui peut se créer au sein de cet interdit. C’est d’ailleurs l’intérêt d’avoir donné suite au coming-out de Scott Hunter de l’épisode précédent et de montrer son speech dans un format de mise en abyme — la seule scène de l’épisode qui n’a pas de “rapport” direct avec le châlet. Scott Hunter est, là encore, plus en avance que les Hollanov sur le sujet, ayant fait le pas au-delà de sa vie privée de s’assumer publiquement dans l’épisode précédent. Sa scène explique d’office la thématique principale de ce final : faire en sorte que l’amour surpasse la peur, sans prétendre que celle-ci est infondée ou ne disparaisse. C’est peut-être le dialogue le plus explicite sur le fond de la série depuis le début, mais c’est ce qu’il fallait pour inspirer ne serait-ce qu’une personne (Ilya) à changer sa vie et cele de Shane, en acceptant son invitation.
Shane et Ilya acceptent enfin leurs sentiments, mais ne remettent pas en cause la légitimité qu’ils avaient à douter et à avoir peur de l’engagement, du temps qu’ils ont pris, car ce serait dédouaner l’influence de leur environnement et de la société qui est la première à blâmer. Leur relation leur appartient avant tout et même si j’ai conscience que ça n’est pas un idéal, j’ai trouvé ça vraiment magnifique de les voir continuer à imaginer un monde où ils sont encore en secret, certes, mais heureux.
L’intervention de Scott est certes incroyablement courageuse et game changing, mais elle n’offre qu’une inspiration à se projeter pour Shane et Ilya, pas une solution miracle qui exigerait d’eux du courage insensé sans être prêts. Et ça reste pourtant une victoire dans tous les cas, pour Shane/Ilya comme pour la série, qui, on le sait, a inspiré quelques personnalités à s’outer en citant son influence, ou d’autres déjà ouvertes à expliquer en quoi ça les a aidé à se replonger dans leur vie… D’ailleurs, les interprètes de la série ont révélé que plusieurs personnalités encore non-connues publiquement les ont contactées en privé pour les remercier, en parler, tout en n’étant pas encore prêtes (ce qui arrive aussi au personnage de Scott Hunter dans le livre Game Changers, on l’apprend dans l’épilogue où il livre ce speech). Là encore, la série fait preuve d’un parallèle ironique à la fois positif et assez cynique entre l’histoire de ses protagonistes et la vraie vie d’athlètes. Preuve à la fois qu’il y a du très positif qui en ressort, mais aussi qu’il reste beaucoup de chemin pour que tout le monde réagisse comme Yuna “au pire des cas”.
C’est bien pour ça que malgré cet aterrissage sur un “idéal sous contrainte”, tout l’acte final est une incroyable récompense pour le couple dans l’histoire, et pour l’audience. Nous avons suivi en peu de temps un parcours complexe loin d’être magiquement résolu, loin d’accoucher d’une relation parfaite, mais bien d’une avancée, d’une acceptation d’eux-mêmes. Sans céder à l’idée de verser dans un dénouement trop théâtral ou facile, et ainsi sans diminuer la difficulté de tout ce qui précède. Seulement ainsi ce final peut se placer en véritable aboutissement d’une histoire qui sera toujours aussi pertinente à re-regarder. Et évidemment, cette approche de l’apaisement est la chose qui devrait être challengée dans la suite de leur histoire : maintenant que la sphère privée est sincère, comment vont-ils naviguer ensemble leurs vies publiques qui n’ont pas encore changé ?
Heureusement pour moi, pas besoin d’attendre 2027 : un livre raconte déjà la suite ! Purée, merci ! C’est que je n’ai pas tout à fait fini cette thérapie et que mentalement je suis encore et toujours dans ce châlet avec eux…
A l’image de la série, c’est un final à la fois déchirant et cathartique en très peu de temps, avec une richesse énorme autant entre les lignes qu’à ce qui est apparant, et qui ne boucle pas totalement le voyage mais finit de lui donner un sens et en valide toutes les étapes. Come on, we’ve got bad things to do…